Brevi storie ...



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Le clochard
(La nuit blanche)
di Gian Paolo COSTANZO
(Settembre 2003)


La fin du monde : la voilà !
Les prophètes des siècles passés, qui prédisaient l'apocalypse et ses quatre cavaliers, quelle rigolade !
La grande peur de l'an mille ? Un petit frisson de rien du tout !
La guerre atomique et l'holocauste ? Une bagatelle !
La peur du troisième millénaire ? À vrai dire, ils ne sont plus beaucoup à avoir peur. Et après tout, ceux qui restent ont des autres chats à fouetter, pour avoir le temps de penser à autre chose qu'au prochain repas.
Justement, n'ayant pas à y penser, je peux me permettre d'écrire ce récit. Enfin, ce n'est pas l'hôtel quatre étoiles : quelques planches pour maison et un trou recouvert d'une toile pour porte, la bougie qui m'éclaire fait aussi fonction de chauffage central mais grâce au Supermarché du coin, je ne manque ni de bouffe, ni de fringues ! On y trouvait de tout :  Des armes, des meubles, des livres et surtout un enorme stock de vivres et de vêtements. Je peux me servir sans me soucier, je doute fort qu'on me présente la note un jour.
J'y laisse les télés :  cela est fini et bien fini ! Je n'y perds pas grand chose.
L'autre jour j'ai essayé de remettre en fonction un de ces petits trucs à transistors, vous voyez  ? Une de ces petites choses qui cassaient les oreilles de tout le monde. Pure curiosité, histoire de voir si je n'étais pas le dernier homme sur Terre. Je n'ai pas pu capter autre chose que des crachotements et deux ou trois voix lointaines.
Je donnerais volontiers tout mon Supermarché pour voir la tête de ces types qui croyaient dur comme fer dans les grandes destinées de l'Homme.
Et les autres ? Ceux qui écrivaient ces conneries de science-fiction, SF pour les initiés. Pas besoin d'envahisseurs, de monstres venus de l'espace sidéral : pieuvres ou autres gélatines, plus ou moins intelligentes.
Le seul monstre qui est à l'origine de ce qu'il vient d'arriver, c'est bien ce crétin d'Homme ( avec le "H" majuscule, S.V.P. )
Vous, vous demandez, à ce point, ce qui a bien pu arriver. Devinez ? Si vous répondez correctement, vous gagnez vingt peaux de mouton et des vivres pour une semaine. Enfin je pense que si quelqu'un peut un jour lire cet écrit, il saura déjà à quoi s'en tenir.
Tout a commencé par un été maussade, pluvieux, froid et la neige début septembre.
Depuis trois ou quatre ans, le temps ne finissait plus de se détériorer ; la neige tombait en plus grande quantité et plus longtemps. Les premiers temps c'était même rigolo ;  tout le monde prenait la chose avec philosophie, les enfants faisaient des homériques batailles de boules et construisaient partout des énormes bonshommes de neige. La chose n'était, pour moi, que le cadet de mes soucis ; j'appartenais depuis quelques ans à cette espèce de sous-race humaine qu'on appelle communément clochards !
Pas toujours été comme ça. Avant ma plongée dans la bouteille, j'étais médecin, ( ne rigolez pas ou bien j'arrête.) Rien de bien grave, remarquez, une sale, commune petite histoire : ma femme me faisait cocu et moi j'en étais amoureux comme un gamin. Pour faire bref, je me suis retrouvé divorcé, désespéré et j'ai commencé à me saouler.
Ça a bien marché, j'oubliais tout. Je perdis mes clients, ma profession, ma maison.
Quelque temps après j'étais dans un état que mes anciens collègues, les toubibs, appellent :  éthylisme aigu ( pour monsieur tout-le-monde, ça signifie que j'étais toujours saoul comme une vache !)
Retournons à nos moutons, je disais que cela a commencé début septembre. Je ne me rappelle plus des premiers jours ;  j'avais pu me payer une paire de caisses de pinard et je n'étais pas sortis de mon trou, cause ma cuite carabinée. Quand j'ai de nouveau vu les choses, qui m'entouraient, au singulier et encore abruti par les restes de ma cuite ;  Constatant qu'il ne me restait plus une seule bouteille, j'ai voulu mettre le nez dehors, mais je n'ai pu ouvrir la porte de ma piaule. Enfin j'ai ressui à sortir, en passant par l'ouverture qui faisait fonction, à la fois de cheminée et de fenêtre.
Vous parlez d'une surprise, on pouvait se croire au Pôle, au moins un mètre de neige. Sur la nationale d'à coté, des rares voitures circulaient sans bruit et cette saloperie de neige qui tombait à gros flocons.
J'ai mis une heure, pour arriver au centre ville. Je tremblais comme un chien, à cause du froid de canard et de mes habits trop légers.
  Les gens me frôlaient sans faire attention à moi, bien au chaud dans leurs vêtements rembourrés, les enfants jouaient en faisant des bonshommes et des batailles de boules ;  ces chenapans me prirent pour cible une ou deux fois.
Avec un des rares bus des transports en commun, j'ai rejoint les locaux de l'Armée Du Salut ou un bol de soupe chaude, suivie d'une douche et d'un lit propre, me remirent d'aplomb.
Une visite chez mon ex femme me renfloua en argent et habits chauds. La salope s'était remariée avec un gros bonnet de la ville, ça ne lui coûtait pas grand chose de me faire l'aumône.
Je suis retourné chez moi. Près de ma piaule, un supermarché était ouvert, un de ces endroits où on dépensait plus d'argent en une heure qu'on n'en gagnait en une semaine, rien que pour acheter de quoi bouffer.
Avec l'argent de mon ex chérie, je me suis payé une vingtaine de litres de pinard et de quoi me caler l'estomac pendant quelques jours. Peu de monde, ce jour là, les gens commençaient à éprouver des difficultés pour se déplacer.
Je me suis arrêté au rayon des télés, pour écouter les dernières nouvelles :  pas beau ! Il semblait que partout c'était la même poisse. Un soi-disant savant tentait de donner une explication, en accusant, pêle-mêle, l'effet serre, la poussière atmosphérique, les explosions atomiques, les activités volcaniques et toutes sortes de choses en               " iques " ;  enfin : l'habituel fourbi-cache-saloperies.
Je m'en foutais et je suis rentré dans mon trou. La porte était bloquée par plus d'un mètre de neige, j'ai dégagé ça et je suis rentré.
J'ai repris contact avec les malheurs de ce monde, une semaine plus tard.
Dehors tout était silence et immobilité, la couche de neige était de plus de deux mètres. Quand j'ai pu parvenir à monter assez haut pour voir ce qui m'entourait, derrière le rideau de neige, qui tombait toujours aussi drue, rien ne bougeait ni sur la nationale, ni dans les bâtiments du supermarché, à peine visibles, au dessus de la neige.
J'ai eu quelques problèmes pour arriver au magasin, si un jour il vous arrive de marcher avec la neige jusqu'au cou vous comprendrez ce que je veux dire. À l'intérieur un gardien, bien solitaire. Il a semblé heureux de me voir, il est depuis trois jours enfermé ici sans qu'on le relève, il ne manque de rien, mais il commence à se faire du mouron pour le reste du monde. Des pannes de courant à répétition empêchaient le magasin de fonctionner, ils ont décidé de le fermer. Depuis c'est le désert !
On a écouté la radio ensemble, bien entendu les nouvelles ne sont pas bonnes :  des endroits par centaines, sont isolés et ne donnent plus des nouvelles depuis dix jours. Seuls les convois militaires peuvent encore circuler avec des énormes difficultés ;  partout on commence à gueuler et avoir peur. Plus des combustibles pour chauffer, rares trains, pannes d'électricité qui durent des heures.
Chez nous la radio locale nous annonce que presque toutes les lignes électriques et téléphoniques sont coupées :  la neige, la glace et le vent violent, ont eu raison des poteaux. Les centrales électriques sur le Rhin ne fonctionnent plus que par à coups, les eaux du fleuve étant presque entièrement gelées. Si ce qui reste cède et s'arrête, finis les chauffages électriques, au gaz, au mazout. En passant, je vous signale qu'en plein vent dehors on a du moins vingt.
J'ai passé la nuit avec le gardien. Le matin on s'est aperçu que le téléphone était muet.
Il a décidé sur-le-champ de rentrer en ville et il m'a confié le magasin, en m'assurant qu'il reviendrait dans la journée. Une demi-heure après son départ, une tourmente de neige s'est abattue sur la Terre. Quand le vent est tombé, vingt trois jours étaient passés et la fin du monde était arrivée !
Enfin, je ne veux pas dire que tous sont morts. Par-ci, par-là, des groupes résistent : les mines, notamment celles de charbon ;  les centrales nucléaires, qu'on alimente avec les matériaux fissiles destinés aux bombes atomiques. Certains pays à proximité de l'équateur, mais ils en ont bavé car ils ont du faire face aux fuyards venant des contrées froides. Naturellement les habitants de ces pays ont essayé de repousser les hordes d'envahisseurs et les massacres ont commencé.
J'ai vécu tout cela en écoutant la radio :  cris d'alarme, demande de secours, mise à mort !
De ma ville, tout proche, plus de nouvelles. Le gardien n'est plus revenu et c'est seulement au bout de plusieurs dizaines de jours, que des visiteurs sont arrivés jusqu'à moi.
Une couche de plus de quatre mètres de neige recouvrait le pays.
Étonnant, mais je ne sentais plus aucun besoin de me saouler.
J'avais pris l'habitude de me promener, bien équipé en vêtements de skis, raquettes de neige et habits chauds, empruntés … ou mieux :  hérités, des stocks du supermarché. Après avoir entendu ce qui s'était passé dans les agglomérations, par mesure de précaution, je ne sortais jamais qu'armé jusqu'aux dents. Armes empruntées au rayon chasse :  un fusil à cinq coups et deux pistolets.
J'ai croisé les traces, lors d'une sortie. Par, je ne sais pas quel miracle, ils étaient parvenus jusqu'à ma baraque. Au travers du toit effondré ils y étaient pénétrés et avaient essayé de s'abriter du froid en se cachant sous les tas de chiffons que j'y avais entassé.
Par moins trente la chose n'avait pas réussi très bien, les pèlerins étaient à moitié congelés. J'ai retrouvé sous les chiffons une vieille femme, une fille d'une vingtaine d'années et un homme.
J'ai ramené la fille, la première, au magasin. Puis, je suis retourné à la cabane pour les autres : la vieille avait trépassé, entre temps et l'homme … enfin, je suis rentré avec une cartouche en moins dans mon fusil.
La jeune femme m'avait raconté ce qui s'était passé et la fin de la ville. Quand la tourmente avait eu raison des dernières lignes électriques, les habitants avaient été privés de tout moyen de chauffage. Aucune possibilité de se sauver, une fois brûlé tout ce qui pouvait l'être, mangées tous les vivres, les habitants se savaient condamnés. Les vols et les pillages ont commencé, suivis des incendies, des viols, des lynchages, des règlements de comptes, en bref :  la loi de la jungle !
Elle avait été violée à maintes reprises, puis s'était donnée aux vainqueurs en échange de nourriture et protection. À la fin ils n'étaient plus que trois :  La vieille, qui était à la tête d'une bande de pillards, son fils, un'espèce de brute avec une tête minuscule sur un corps de lutteur et la fille que j'avais sauvée.
Quand toutes les ressources s'étaient épuisées, la vieille avait voulu partir vers le sud, vers des contrées qu’elle croyait chaudes, la folle et ses compagnons avaient tourné en rond pendant trois jours, avant de tomber dans ma baraque, à moins de sept kilomètres de leur point de départ !
À partir de ce moment on s'est organisé, ma belle et moi. Nourriture et habits ne manquent pas, dans le supermarché les stocks sont suffisants pour des nombreuses années et le gel en assure une parfaite conservation.
Nous avons construit un igloo à la façon des esquimaux, quand les fils, qui verront le jour de notre couple, seront assez grands, nous marcherons vers le sud.
Vers le soleil  !
Pendant quelques mois je n'ai pas pris ma plume, mais un événement nouveau m'a incité à reprendre mon récit : j'ai peur !
Ce matin je suis allé faire un tour jusqu'à la ville, histoire de me dégourdir les jambes.
J'étais en train de me promener tranquillement entre les tas de neige et de glace qui recouvrent ce cimetière, quand je me suis trouvé nez à nez avec un ours blanc. Eh bien … oui ! Un gros plantigrade, enfin, à la réflexion, pas si gros que ça, mais je voudrais vous y voir à ma place !
Il sortait d'un tunnel creusé dans un des tas qui recouvrent les bâtiments de la ville. Heureusement lui aussi a pris peur et chacun s'est enfui de son coté.
Je pense qu'il n'était pas seul, j'ai croisé plusieurs pistes, mais pas de nouvelles rencontres, heureusement !
Ils ont du se répandre dans tout l'hémisphère Nord, les conditions sont idéales pour ces bestiaux. Ils ne manqueront pas de quoi manger pendant de siècles, avec tous les cadavres bien congelés, dans les villes et villages morts, des hommes disparus.
À partir d'aujourd'hui on se barricade chez nous et on ne sort plus qu'armés.
Quelques mois … ou quelques années après.
Mon très cher lecteur, ceci est mon dernier écrit. Demain on part !
Il y a trois jours des Lapons sont arrivés, avec rennes traîneaux et tout le barda.
Ils vont vers la mer en faisant étape dans les lieux ou il y a des survivants, notamment sur les anciens sites miniers. La chaleur souterraine ou les combustibles fossiles, permettent la survie de petites communautés humaines, sous des coupoles ou dans les galeries des mines.
Un des Lapons parle allemand, moi je me débrouille dans cette langue. Leur histoire est bien simple :  ils sont russes, habitués aux grand Nord, ils se sont débrouillés pour survivre ;  mais maintenant c'était devenu intenable pour eux aussi. Alors ils ont décidé de partir vers le sud en passant d'un groupe de survivant à l'autre, échangeant des rennes contre des vivres et du fourrage pour les troupeaux.
Ma femme et moi nous avons décidé de le suivre, avec notre fils. Si on peut rejoindre des contrées avec un climat plus clément, on pourra recommencer à espérer.
Peut-être que, enfin, comme l'oiseau de la mythologie, le monde de l'Homme renaîtra de ses cendres, après tout.

Écrit en 1974

Gian Paolo COSTANZO
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